« Ayez foi en la Lumière, et tout sera possible. » Pourquoi j’ai toujours aimé jouer paladin !

Du paladin au théologien

Fun fact : avant de pouvoir me payer un abonnement sur World of Warcraft (ci-après : WoW), j’ai enchaîné les comptes d’essais gratuits. Et c’était frustrant car lesdits comptes ne duraient que 10 jours. Pour une raison qui m’échappe encore, je créais systématiquement des prêtres. Puis, quand j’ai eu mon vrai compte, j’ai créé Kalecos – allez le voir, il est si beau. Kalec’ est un paladin âgé de bientôt 12 ans et sur lequel j’ai aujourd’hui 94 jours de jeu (avec combien de personne avez-vous passé 94×24 heures dans votre vie?). Bref, le point commun entre un prêtre et un paladin c’est qu’il s’agit de deux classes dont la force et l’énergie se base sur leur foi en la Lumière (j’y reviendrai). Et dans la vrai vie, enfin : j’ai fait de la théologie. Coïncidence ? Sans doute. Des points communs ? Certainement !

Paladin soignant

Le paladin en quelques-mots

Voici comment World of Warcraft définit le paladin dans sa narration :

« Le paladin observe fidèlement ces règles : protéger le faible, faire régner la justice et vaincre le mal jusque dans les recoins les plus sombres de ce monde »

Descriptif du paladin sur le site de WoW.

Cette définition se rapproche assez de celles données classiquement par l’histoire et la littérature à ce terme : « Chevalier errant qui, au Moyen Âge, cherchait toutes les occasions de manifester sa valeur et sa courtoisie/Personne prête à défendre les opprimés et à faire triompher les justes causes » (CNRTL). De cette description générale du paladin découle trois spécialisations différentes qui correspondent aux fameux trois rôles des MMO-RPG de Tank, Heal et DPS :

  • Sacré (heal) : Invoque la Lumière pour protéger et soigner ses allié.es et pour éradiquer le mal.
  • Protection (tank) : Fait appel à la magie du Sacré pour se protéger et défendre ses allié.es.
  • Vindicte (dps) : Un croisé qui manie les armes et la magie du Sacré pour juger et punir ses adversaires.

Ensuite, là où WoW fait remarquablement bien les choses, c’est que les techniques et sorts des différentes spécialisations s’inscrivent dans leur champ lexical propre. Ainsi, par exemple, un paladin Sacré possède des sorts comme « Lumière de l’aube/Guide de lumière » des rappels de l’invocation de la Lumière pour soigner. Puis, la spécialisation protection utilisera des pouvoirs comme « Bouclier du vertueux/Ardent défenseur ». Et enfin, le vindicte se servira de capacité rappelant la Justice comme « Lame de Justice/Jugement », etc. En somme, dans WoW, le paladin est un parangon de justice, agissant, par empathie, autant pour guérir que protéger au nom de sa foi. Mais quelle foi ?

Paladin « Protection »

La Lumière : une relecture chrétienne d’un spiritualité non-théiste ?

Autant le dire tout de suite : définir la Lumière dans l’univers de WoW n’est guère aisé. Je vais donc m’atteler à un petit exercice d’interprétation. Tout d’abord, voici comment la communauté définit en bref la Lumière :

La Lumière n’est pas une religion théiste. Ses pratiquants ne vénèrent aucun dieu. Son objet de culte est une énergie universelle symbolisée sous forme de lumière qui relie ses adeptes à une mystique cosmique, une sorte de « loi de l’Univers ». La pratique religieuse conduit ses adeptes à rechercher la perfection en eux-même. Ceux qui la suivent sincèrement acquièrent une ligne de conduite et une perception spirituelle accrue: cela leur permet de guider les autres. La Lumière enseigne l’existence d’un lien entre les personnes et l’univers, une connexion qui se manifeste dans ce que l’on ressent grâce à nos sens ou à travers nos émotions, nos intuitions.

Source : WikiWoW.

Références claires au christianisme

Jusque-là, la Lumière fait penser à la Force de Star Wars : sorte d’énergie holistique reliant tous les êtres et qui se manifeste particulièrement au travers d’émotions fortes ou d’intuition. Cependant, si l’on pousse l’analyse un peu plus profondément, on peut découvrir que plusieurs aspects liés à cette croyance sont clairement en référence au christianisme. Petite liste non-exhaustive :

  • Visuellement : lumières dorées, ailes d’anges, auréoles blanches, etc., que ce soit dans le jeu lui-même ou dans les représentations faites par les joueur.ses, les manifestations de la Lumière évoquent instinctivement celles qu’on associe à Dieu/aux miracles de manière mainstream. Un exemple ?
  • Structure ecclésiale : prêtre.sse , évêque, confesseur.se, inquisiteur.trice, moine, frère, sœurs, etc., tous les titres de celleux vénérant la Lumière dans l’histoire du jeu sont repris d’une structure d’église chrétienne évidente.
  • Architecture : De la Cathédrale de Hurlevent à la Chapelle de l’Espoir de la Lumière, en passant par le Monastère écarlate, qui contiennent cloître, clochers, autels, enfants de chœur ou même cryptes ; les références chrétiennes sont là aussi nettes d’un point de vue des édifices religieux.
  • Noms des sorts : « Bénédictions de liberté/protection » ; « Imposition des mains » ; « Rédemption » ; « Inquisition » ; « Croisade » ; « Repentir » ; « Exorcisme », etc.
  • Vie de foi : en réalité, lorsqu’un.e paladin « soigne », iel prie pour la guérison. Iels utilisent un gros livre de prière (dit libram), « sanctifient » leurs terres, etc.,

Un reflet de ma vie de foi

Les paladins de WoW, leur vie de foi ainsi que leurs valeurs ont toujours trouvé un écho profond en moi quant à ma foi. Je ne pourrais résumer tous les éléments de l’histoire du jeu à leur sujet qui m’ont fait réfléchir ou touché. Je vais me contenir à trois dimensions centrales : le doute, la justice et l’espérance.

Le doute : l’exemple de Jorgensen

Dans le jeu, alors que vous n’êtes pas très avancé dans ce dernier, vous êtes accompagnés un petit moment par un paladin nommé Jorgenson ! Ce dernier vous avoue, soudainement, quelque-chose qui m’a toujours parlé :

Être un paladin est dur. La Lumière se comporte de façon si erratique (changeante). Certains jours, je me réveille et j’ai l’impression que tous mes pouvoirs ont été affaiblis…

Jorgensen

Certes, cette petite phrase fait sans doute allusion à la force des paladins – au sens du gameplay – mais elle me parle. La vie de foi n’est pas un long fleuve tranquille. Comme Jorgensen, il y a des matins où ma relation à Dieu s’accompagne d’un vrai doute voire de désespoir. Dans ces moments, affirmer que ses pouvoirs sont affaiblis n’est que trop vrai. Mais le doute n’a pas a être élément de honte : même si nous vivons dans un temps où la certitude ainsi que l’assurance personnelle sont si valorisées, savoir prendre le temps d’écouter son découragement est nécessaire. Éprouver le doute c’est donner sens au mot foi. Et Dieu ne nous abandonne pas dans ces moments de fragilité. Dixit le psalmiste : « L’Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, Et il sauve ceux qui ont l’esprit dans l’abattement.(Psaume 34,18).

La passion de la Justice !

Je suis passionné par la justice sociale et environnementale. Je dirais même que c’est le centre de ma vocation tant académique, associative que militante. Comme le paladin, inspiré et poussé par ma foi, je cherche à débusquer le « mal » – je laisse libre cours à votre propre définition et compréhension de ce terme – qui crée l’injustice, qu’il soit caché ou explicite, pour lui résister et, si possible, diminuer son influence. Alors certes, ce n’est pas aussi sensationnel que d’affronter une horde de mort-vivants à grand coup d’épée lumineuses, mais la quête intérieur est similaire. Les risques de cette dernière aussi d’ailleurs. Car la poursuite de la justice n’est pas sans dérives possibles. Ainsi, quand la colère monte en moi , je me rappelle la phrase d’un grand paladin de l’histoire de WoW :

Souvenez-vous Arthas, nous sommes des paladins, notre idéal exclut la vengeance. Si la passion éveille en nous le goût du sang, nous nous ravalerons nous-même au rang des orcs

Uther, le Porteur de Lumière

Une justice nourrit par la compassion

Cependant, comme je l’ai expliqué, les paladins peuvent être spécialisés en « vindicte ». Alors comment bâtir un désir de justice qui ne dérive pas en un zèle aveugle de vengeance ? C’est peut-être cette question qui définit, selon moi, le « bon paladin » ! Vouloir protéger les plus démuni.es des injustices systémiques de notre monde, se laisser profondément émouvoir par la destruction des écosystèmes même les plus lointains, entendre le cris de celleux qui descendent dans la rue etc., tout autant de compassions qui, pour moi, donne sens à ma quête de justice. Mon idéal de paladin s’imprègne d’une compassion holistique, qui dépasse les frontières de la distance et du temps. C’est ainsi que je me figurais l’identité de Kalecos comme Tank.

L’espérance de la foi

Jésus Christ a dit : « Tout est possible à celui qui croit » (Marc 9,23). Tirion Fordring – un autre important paladin de WoW – nous encourage toujours en disant : « Ayez foi en la Lumière et tout sera possible !« . C’est le troisième élément qui m’a toujours fait vibrer durant mes 94 jours de partage avec mon paladin. Foi et espérance ne peuvent être séparées. Bien sûr, oublier cette liaison n’arrive que trop souvent : espérer n’est guère mon point fort. Pourtant il s’agit bien là d’une donnée indispensable de la foi chrétienne: nous vivons dans le déjà-là et le pas-encore du Royaume de Dieu. Entre la réalité crée et l’attente de son renouvellement, l’espérance est le chemin que nous sommes invité.es à suivre.

Tirion Fordring !

Doute et foi, justice et compassion, courage et espérance : voilà ce que le paladin m’inspire !

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